Autour du Hohneck

Caractéristiques :

Circuit facile d'environ 7 km en 2 heures
+ rallonge éventuelle de 2 km + arrêts.

Dénivelé : environ 130 mètres
Bonnes chaussures conseillées

Départ et Parking aux Trois Fours (comme expliqué ci-dessous)

Accès par Thann-Col Amic - route des Crêtes
ou par Colmar-Munster-Schlucht-route des Crêtes.


A ceux qui n’accèdent qu’en voiture au Hohneck, la montagne ne donnera rien. Ce massif, façonné par les glaces voilà 12000 ans, dévoilera cependant d’inépuisables beautés à ceux qui l’abordent par les jambes et le cœur. Nous irons donc dénicher à pied, au coin d’un sentier, des sites authentiques et découvrir un éventail exceptionnel de sensations. Nous retrouverons en altitude le contact de la rudesse et l’authenticité de la montagne.

Marcher est de toute façon vivifiant et la plus belle manière de découvrir les beautés de la nature. C’est aussi le plus simple. On s’appartient, on est libre, on est heureux, on est tout entier à la nature ; rien ne gêne, rien ne retient.

Je vous propose une randonnée des plus pittoresque avec départ en altitude, facile et de faible dénivelé. A condition que la météo soit favorable, vous vivrez une magnifique journée dans un des plus beaux sites des Vosges.



2002 - Léon NATTER



Descriptif de l'itinéraire :



Parking et départ sur le chemin des Trois Fours à la lisière de la hêtraie, à 300m de la route des Crêtes et environ 500m de la ferme-auberge.

Aux poteaux de signalisation et du cercle vert avec indication « Ici Chaumes des Trois Fours », altitude 1230m, nous passerons la chicane à droite et nous nous engageons dans le chemin de terre (triangle bleu) vers l’Est à travers la chaume des Trois Fours. Après 400m, un tourniquet et 20m plus loin un point de vue, altitude 1222m, absolument sensationnel au bord du cirque de Frankenthal, avec la ferme et la mare au fonds. Un banc nous invite à un arrêt pour admirer le panorama qui s’offre à nos yeux. Derrière nous, ferme et refuge des Trois Fours, les Spitzenfels de la Schlucht, l’Altenberg, Stosswihr, Soultzeren, Hohrod et la vallée de Munster. Devant nous à gauche, le Stolz-Ablass, le Rothried et le Blaufels. Droit devant, le Schaeferthal entre le Grand et le Petit Hohneck et à notre droite la fameuse Martinswand avec ses rochers d’escalades. A nos pieds, un petit rocher derrière lequel passe un beau petit sentier qui descend sur le sentier des roches reliant le Frankenthal au col de la Schlucht. Au fonds du cirque, la ferme-auberge du Frankenthal et l’étang noir de la tourbière dénommé aussi « d’Schwarze Lach ».

Nous nous engageons dans le sentier pour remonter à notre droite le long de la corniche. Nous ne cesserons de jeter un coup d’oeil sur les falaises de la Martinswand et entrons peu après dans la hêtraie pour en ressortir, après quelques minutes, sur la saignée de la chaume en face du parking de nos voitures.

Remontant le chemin de terre, nous passons d’abord une barrière en bois, puis un tourniquet à l’entrée de la hêtraie. Le chemin est raviné et comporte une vingtaine de marche espacées de quelques mètres destinés à freiner les eaux de pluies.

Nous mettons 7’ pour sortir de la hêtraie et ignorons désormais le chemin, pour longer l’étroit sentier de la corniche qui part sur notre gauche. Quelques rochers émergeants du sol peuvent nous servir d’assise pour contempler le super panorama qui s’étale à nos pieds. Au loin s’étire la chaume des Trois Fours où luit le banc du point de vue que nous avons délaissé voici 20’.

Nous suivons la corniche en direction du Hohneck. Le toit pointu du chalet-restaurant du sommet coiffe la montagne devant nous. Les rochers d’escalade et les falaises qui entourent le cirque glaciaire nous transportent dans les régions alpestre et contrastent avec les ballons des Vosges auxquels nous sommes habitués. La hauteur des rochers d’escalades est de 105m. Les falaises sont équipées pour 60 voies aux normes moderne de 1990. La longueur des cordes conseillée est de 40 à 50m. La dénivelée des voies varie entre 40 et 80m. Après la sortie des corniches nous continuons sur le chemin raviné à travers la chaume pour rejoindre le Col du Falimont, altitude 1239m.

Depuis le col nous montons vers le Hohneck en longeant les corniches du Frankenthal (rectangle rouge) pendant 6’ sur un chemin rocailleux, raviné par les intempéries. Nous ne cessons de contempler le magnifique cirque avec ses rochers tout en cherchant à dénicher des chamois sur les pentes de la montagne.

A notre droite s’étend la chaume du Hohneck. A notre gauche le sentier suit le rebord des falaises du Frankenthal. La vue est absolument fantastique. Le sentier devient maintenant agréable et suit le flanc de la chaume sur du sable fin. Çà et là émergent du gazon quelques petites roches rondes polies par l’érosion et quelques oiseliers rabougris. Nous passons à côté d’un piton d’un mètre carré sur notre gauche, à raz du sol, au bord de la falaise, constituant un magnifique point de vue. A nos pieds, la tourbière et la ferme du Frankenthal. Dommage que le projet de consolidation et de restauration de la ferme n’ait pas abouti à cause de quelques rares fleurs alpines qui poussent dans le site !

Nous aurons marché 10’ depuis le Falimont. Le toit pointu du chalet-restaurant du sommet émerge un moment de la chaume, mais s’éclipse rapidement. Nous laissons sciemment de côté la montée au sommet et continuons à filer à l’horizontal le long de la corniche qui nous procure un émerveillement constant. Encore 10’ et voilà qu’apparaît au lointain, sur le col entre les deux Hohneck, le refuge Schaeferthal. Nous aurons fait 1,5 km depuis le Falimont.

Attention, nous ne descendons pas au refuge du Schaeferthal qui ne présente pas un intérêt particulier et bifurquons à droite vers les corniches du Wormspel sur une mince sente en herbe à l’horizontal qui coupe la ligne des piquets de ski de fonds et contourne le sommet. D’innombrables gentianes jaunes couvrent le gazon en cet endroit. Nous atteignons le chemin raviné et caillouteux qui monte du Schiessroth au Hohneck, mais qui ne nous intéresse non plus. Nous tenons à longer les corniches et passons devant une fontaine sur notre droite. Changement de décors ! Arrivé à un point de vue au bord des falaises du Wormspel, nos regard plongent sur le vallon de la Wormsa avec le lac du Schiessrothried qui scintille au soleil. Devant nous les Spitzköpfe. A notre gauche, le Petit Hohneck (1298m) avec la ferme-auberge du Schiessroth (1142m) accrochée sur son flanc, laquelle est tenue en été par les époux Schubnel, fermiers du Frankenthal. En face, au loin, la vue porte sur le Petit Ballon, la ferme-auberge du Rothenbrunnen, le Schnepfenried.

Nous gardons la gauche du sommet du Hohneck qui culmine à 1363m et restons sur la corniche en contrebas du restaurant. La vue s’étend sur le Kastelberg (1350m) à droite des Spitzköpfe, au sommet duquel se trouve l’arrivée d’un téléski qui monte par le Breitsouze depuis le lac de la Lande.

Le pittoresque sentier des Névés (Schwalbennester) qui contourne le Kastelberg par l’Est se démarque sur la chaume. Il est fort probable que lors de notre randonnée ce sentier sera encore pris en certains endroits par la neige (fréquente au mois de mai). Trois autres téléskis rejoignent la côte 1262 au dessus du Schmargult à proximité de la route des Crêtes.
Le Kastelberg cache le sommet du Rainko^f (1305m), crête dorsale des Vosges, suivit par les sommets du Rothenbachkopf (1316m) et Batteriekopf (1311m), lesquels décrochent sur la chaîne latérale vers le Markstein et le Grand Ballon.

La descente au Haut du Wormspel (Collet du Hohneck), altitude 1280m, s’effectue en une dizaine de minutes sur un chemin raviné, caillouteux, bordé de roches arrondies par l’érosion, comportant quelques marches de traverse freinant les eaux torrentielles de ruissellement, comme aussi les coulées de terre en cas de pluis. Si le sentier des Névés n’est pas enneigé, nous passerons encore jusqu’à la hauteur du premier Spitzkopf, côte 1309m pour jeter un regard sur la chaîne des Spitzköpfe qui descend jusqu’au belvédère du Lac du Fischboedle. Nous entamerons de là le retour à notre point de départ de la randonnée en rebroussant chemin jusqu’au collet. Un panneau circulaire nous dit qu’ici nous sommes au collet du Hohneck à 1280m d’altitude. Un panneau directionnel indique entre autres le sentier menant au col du Falimont en 15’ . Pour ce faire, nous nous dirigeons au panneau derrière nous avec la mention DANGER à 50m. Nous passons la chicane et prenons tout de suite à droite la sente (rouge-blanc-rouge) à travers la chaume pleine de gentianes qui rejoint la route du sommet. Nous ne cessons d’admirer le panorama qui s’étend vers le Kastelberg, les Spitzköpfe, et à notre droite, le Lac de Longemer.

La route du sommet est atteinte après 200m. La signalisation rouge-blanc-rouge en face sur une petite roche en bordure de la route est accompagnée d’une flèche de descente avec un chiffre 4 (40m), c’est à dire : descendez la route sur 40m puis passer à droite une chicane pour prendre le sentier sur le flanc ouest du Hohneck à travers une chaume bien dense pleine de gentianes, qui nous mène en 15’ au Col du Falimont.

Laissant les corniches du Frankenthal que nous empruntions au départ, nous prenons le chemin (rectangle rouge) de retoour en direct à travers la chaume du Haut de Falimont et à droite des piquets de ski de fonds. Nous mettrons 20’ pour rejoindre les voitures.

Historique du Hohneck




Au pied du Hohneck le barrage de Schiessrothried et au fond à gauche le Petit Ballon



Situation et Aspect

Le Hohneck, d’une altitude de 1363m est un belvédère incomparable, admirablement situé au cœur des Hautes-Vosges au milieu de ses ramifications.

Appelé autrefois le Haut de Chaulmes ou le Grand-Haut par les Lorrains et le Hohen Eck par les Alsaciens, il domine les nombreux sommets qui l’entourent. Dépassant seulement d’une douzaine de mètres son voisin méridional, le Kastelberg, il est flanqué de deux cirques glaciaires grandioses des plus sauvages, comprenant le Frankenthal au nord avec sa tourbière et les falaises de la Martinswald et les rochers d’escalades, et le vallon de la Wormsa au sud avec les Spitzköpfe, longue arrête rocheuse avec ses sept groupes principaux de pics et d’aiguilles dentelées de granit. Entre les Spitzköpfe et le Petit Hohneck est blotti au fonds du vallon le pittoresque Lac du Schiessrothried.

Le Hohneck se confond dans la continuité de la ligne de faîte du massif vosgien partageant les eaux entre le bassin du Rhin et celui de la Moselle. Il constitue aussi une borne marquante séparant les départements du Haut-Rhin et des Vosges. C’est au 10e siècle que la frontière linguistique se fixa sur la crête. De nombreux cours d’eaux importants prennent naissance tout près du sommet, dont la Meurthe, la Vologne, la Moselotte, la Fecht.

La crête principale, jalonnée par les bornes en granit de l’ancienne frontière de 1871, s’abaisse au Nord vers le col de la Schlucht (1139m) par le Falimont (1306m) et le Montabey (1246m) et se continue au Sud par le Kastelberg (1350m) et la chaume du Firtmiss (1207m). Puis la faîte devient très étroite, dominant les lacs de l’Altenweiher et de Blanchemer, et remonte au sommet du Rainkopf (1304m).

Du Rainkopf part la crête principale des Vosges, toujours marquée par les bornes de l’ancienne frontière d’états. Elle continue jusqu’au Ballon d’Alsace, tandis qu’une autre chaîne de hauts sommets bifurque vers l’Est, dominant toute la vallée de la Thur : Rothenbachkopf, Batteriekopf, Breitfirst (1280m), Marksteinkopf (1241m), Storkenkopf (1364m), Grand-Ballon (1424m).

Partant du Breitfirst, une autre chaîne respectable se dirige vers le Nord-Est : Klintzkopf (1330m), Langenfeldkopf (1290m), Hilsenfirst (1274m), Petit Ballon dit aussi Kahler Wasen (1272m).

A l’Est du Hohneck, au col du Schaeferthal (1228), se détache une chaîne latérale par le Petit Hohneck (1289m), le Gaschneykopf (1085m) pour mourir aux portes de Munster.

Dominant le site du Wormspel et le Lac du Schiesrothried, une longue arrête rocheuse dentelée, les Spitzköpfe, avec 7 groupes de pieds verticaux principaux quitte au Sud-Est le sentier des Névés (Scwalbennester) et s’avance jusqu’au Fischboedle vers le débouché de la Wormsa dans la grande vallée de la Fecht.

Au Sud-Ouest, un contrefort du Hohneck dénommé Tête d’Artimont (1228m) pousse vers La Bresse.



Au Haut-Chitelet, près du Haut Falimont, la vue plonge vers les Lacs de Retournemer et de Longemer. Un chaînon aboutit à Gérardmer.



Les lacs glaciaires avaient été aménagés en réservoir d’eau par la construction de barrages dans les deux hautes vallées de la Fecht. Ainsi ont été créés en dessous du Hohneck sur le versant alsacien : en 1980 le lac du Schiessrothried à 920 m d’altitude avec 5,6 ha ; en 1890 également, le lac d’Altenweiher à 930m d’altitude avec 7,7 ha ; en 1850 l’étang du Fischboedle. Le seul site intact qui n’a pas fait l’objet d’une tentative d’aménagement en réservoir est l’étang noir du Frankenthal au pied de la Martinswald. D’autres lacs ont été aménagés sur le versant vosgien : le lac de Retournemer, le lac de Longemer, le lac de Blanchemer et le lac de la Lande.

La Chaume Sommitale

Le sommet du Hohneck a la forme d’un triangle isolé très allongé, partagé entre les Communes de la Bresse, Metzeral et Stosswihr dont leurs territoires se rencontrent là où la borne en granit numérotée 2858 marque le point le plus élevé de l’ancienne frontière d’avant 1918.

Le sommet, sans cesse battu par un vent violent où alternent le brouillard et le soleil, s’élève au dessus d’une zone forestière sous forme d’un dôme gazonné d’un côté, tombant en escarpement rocheux de l’autre. Il est recouvert d’une lande de plantes basses et rampantes, dominées par les myrtilles, les airelles et la bruyère d’où émergent les grandes gentianes jaunes très robustes, entrecoupées par des buissons d’alisier et de sorbier des oiseaux.

Le Hohneck est un paradis pour les botanistes et un émerveillement pour le touriste. La flore exceptionnelle qui tapisse les cirques glaciaires de part et d’autre du sommet n’a nulle part ailleurs dans les Vosges plus d’activité qu’en ces lieux.

La dénudation du sommet du Hohneck est d’origine naturelle et ne résulte pas du fait des hommes. En effet, il est difficile qu’une végétation forestière ait jamais pu exister en raison de la violence extrême des vents océaniques qui viennent frapper de plein fouet les cols du Falimont et des Hauts du Wormspel. La situation confère à notre montagne des caractères climatiques anormalement rudes que l’on retrouve dans d’autres massifs montagneux vers 2000m d’altitude.
Le terme chaume n’apparaît qu’à partir du 16e siècle et seulement sur le versant lorrain. Une chaume pouvait contenir plusieurs gazons (Wasen) qui étaient des parties de la chaume complètement déboisées, recouvertes de pâturages. Les termes Wasen sont restés en usage du côté alsacien, tel que : Kastelbergwasen, Schmelzwasen, Kahler Wasen, etc…
Les alsaciens utilisent aussi le terme First ou Virst pour désigner les pâturages les plus hauts situés à cheval sur la ligne des crêtes, comme les Hohen Firsten (Hautes Chaumes), Firtmiss, Breitfirst, Hilsenfirst.

Les chaumes du massif du Hohneck étaient exploitées à partir du 7e siècle par les monastères après l’expansion du christianisme dans les vallées vosgiennes. L’abbaye de Munster a été un centre religieux et agricole qui a mis en valeur, par défrichement des terres boisées, le Val de Saint-Grégoire dit Val de Munster.

La population alsacienne créa de nouveaux pâturages jusque vers le Hohneck et même par delà la crête sur le versant lorrain où elle installa quelques pacages d’automne et des réserves d’hiver. C’est pourquoi les chaumes du versant occidental, occupées par des pasteurs alsaciens, portent aujourd’hui encore des noms d’origine alémanique tel que : Ferschmuss (Firstmiss), Breitsouze (breites Haus), Schmargult (Schmalgürtel), Chitelet (Schluchtle), Ventron (Winterung), Cornimont (Hornberg), Saulxures (Sashür).

Munster et les proches localités ne formèrent pendant des siècles qu’une seule communauté qui dépendait plus ou moins de l’abbaye et dont les biens restèrent après la Révolution indivis entre les habitants du Val. Les chaumes restèrent donc jusqu’au 19e siècle des biens communaux (Allemand). Le droit de jouissance des communaux se transmettaient de père en fils contre une redevance en argent (Waldzins) pour les bêtes allant pâturer au-delà de la crête, en Lorraine.
Le Hohneck, malgré les escarpements rocheux de son versant oriental, a été occupé en été par les pasteurs de la vallée de Munster. Les marcaires (Melker) édifièrent leurs huttes et leurs gîtes sur les pentes plus douces s’abaissant vers la Lorraine pour pousser leur bétail sur la chaume sommitale du Hohneck qui produisait une herbe abondante et nourrissante.

Tourisme

Longtemps les hommes refusèrent à escalader les pentes du Hohneck pour leur plaisir. Les premiers visiteurs furent, outre les pâtres, les colporteurs et les contrebandiers, les officiers du Duché de Lorraine et les fonctionnaires du Val de Munster. Le massif avait d’ailleurs mauvaise réputation et les accidents mortels étaient fréquents.
Avant la révolution le trafic de sel, employé en grande quantité dans la fabrication du fromage, y était prospère ; après 1870, c’était le tabac qui passait ici la frontière en fraude.

Le Hohneck reçu la visite de la famille ducale lorraine. Vers 1552, la Régente Christine de Danemark, veuve du Duc de Lorraine François 1er décédé en 1545, accompagnée de son beau-frère Nicolas, Comte de Vaudemont, gravit les flancs de la montagne. Son Altesse s’étant reposée près de la source de la Moselotte, celle-ci reçu le nom de « Fontaine de la Duchesse ». D’autres personnalités, des botanistes, des naturalistes, des historiens, avaient fait l’ascension du Hohneck.

Malgré les relations suivies entre les deux versants, les voies de communication étaient restées jusqu’au début du 19e siècle ce qu’elles avaient été au Moyen-Age, des sentiers tracés par le bétail. Un chemin muletier menait de Munster vers La Bresse et Gérardmer par le Gaschney, le Schiessroth, le Hohneck et le Collet. Particulièrement exposé aux éboulements entre le Schiessroth et le Schaeferthal sur 800m, il fut restauré en 1830 et élargi à 2 mètres.

La route de la Schlucht est l’œuvre de Frédéric Hartmann, industriel et conseiller général de Munster. Il prit en 1842 l’initiative de la construction, de ses propres moyens, du tronçon supérieur de la chaussée de l’Altenberg jusqu’au col. Les travaux durèrent quatre ans. La partie de route entre l’Altenberg et Soultzeren, financée par le Département du Haut-Rhin, fut commencée en 1847. Les travaux routiers vers Gérardmer ne débutèrent qu’en septembre 1858 après l’intervention personnelle de Napoléon III que Frédéric Hartmann avait invité à Munster lors d’une cure qu’il fit à Plombières. Les travaux furent terminés en 1869.

Avec l’ouverture entière de la route de la Schlucht après 27 années d’effort, l’hôtellerie s’est implantée au Col de la Schlucht. Le Hohneck resta relativement peu fréquenté jusqu’en 1870. De gros efforts furent alors entrepris pour attirer et recevoir les visiteurs. Point culminant d’une frontière d’Etats, le Hohneck, curiosité géographique et historique, attira les touristes de l’Europe toute entière. Ils venaient aussi de la Vieille France et de l’Alsace pour se rencontrer. Les conditions climatiques trop rudes n’étaient toutefois pas requises pour un hébergement des touristes au sommet qui restera jusqu’au début du 20e siècle le domaine réservé aux troupeaux de vaches.

L’Hôtel du Sommet



Philippe Bernez de Saint Léonard a exploité deux étés successifs un petit restaurant presque au sommet dans les années 1900/1901. Il voulait passer l’hiver dans cette habitation qui n’était toutefois pas prévue pour affronter le rude climat de montagne. La foudre tomba sur la construction, qui ne prit heureusement pas feu, lors d’une violente tempête de neige le 10 décembre 1901. Toute la famille plus ou moins brûlée perdit connaissance. Quand le mari revint à lui, il chercha secours avec son chien à la Schlucht, après une marche des plus pénibles. Les secours avaient été devancés par le garde Parmentier de Retournemer, accompagné de bûcherons qui avaient pu atteindre la petite auberge dans la nuit par un temps épouvantable.

Un deuxième hôtel fut construit au sommet sur la partie française à 5m de l’ancienne frontière. Inauguré le 14 juillet 1914, il fut détruit pendant la guerre de 1914/1918. Les deux hôtels furent remplacés par un hôtel unique plus petit et surtout moins agressif dans le paysage.

Le Tramway du Hohneck


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Les tramways de la Schlucht (powerpoint)


Un tramway électrique prolongeant le tramway à vapeur de Gérardmer à Retournemer datant de 1898 a été mis en place entre Retournemer et la Schlucht avec un embranchement sur le Hohneck en 1904. Il monta au col de la Schlucht à une altitude de 1139m en 1H15’ après un trajet de 18 km depuis le lac de Retournemer. L’aiguillage pour le Hohneck se trouvait à 1 km en amont du Collet. Le tramway passait par le col du Falimont en terrain dégagé. Le terminus se trouvait à quelques cents mètres du sommet. Une petite construction fit officine de gare. Cet édifice en ruine s’écroula au cours de l’hiver 1987/1988. Le tracé de la voie est encore facilement reconnaissable sur la pente du Hohneck vers le Collet où il longe, en forêt, la route.

Un train électrique de Munster à la Schlucht a également été mis en place avant 1914. L’exploitation débuta le 13 mai 1907 avec un horaire de cinq allers et retours en une heure de trajet. La voie était entrecoupée par un tronçon à crémaillère de la Saegmatt à l’hôtel de l’Altenberg de 2,8 km avec une déclivité atteignant 22 %, en double courbe formant un grand « S » inversé pour déboucher sur la route à 1050m d’altitude. D’ici le tramway continuait sur la route jusqu’au col, libéré de la crémaillère, distant de 10,9 km de Munster.

Avec les possibilités de monter au Hohneck en tramway, l’envahissement de la crête en été, est devenu tel, que le sommet fut délaissé par le vrai tourisme, obligé de fuir devant la foule des gens encombrants. L’exploitation du tramway Gérardmer/Hohneck, interrompue en 1923 à la suite d’un accident ferroviaire, fut définitivement arrêté en 1930.

La Réhabilitation du Hohneck

Le Hohneck est un site particulièrement attractif, accessible en voiture. Une table d’orientation a été implantée près du sommet en 1887. Une vue extraordinaire s’offre aux visiteurs sur les cirques glacières, les Hautes Chaumes, la chaîne des Vosges, la plaine d’Alsace, la Forêt-Noire et, par beau temps, les Alpes.

Le Club-Vosgien a accompli un formidable travail pour faciliter l’accès au Hohneck par sa face escarpée et rocheuse, en jalonnant les cheminements qui menaient sur la crête. Il aménagea des sentiers touristiques et forestiers, réalisant des travaux spectaculaires par la création de trois sentiers à caractère alpestre, l’un en 1907 reliant le Frankenthal au Gaschney par le sentier du Bloy à travers la forêt vierge des pentes abruptes et rocheuses du Grand et Petit Hohneck. Un second en 1911, le Sentier des Roches reliant le Frankenthal à la Schlucht. Un troisième reliant le lac du Schiessrothried au Kastelberg par le Kerbholz. A également été aménagé en 1909, un sentier pittoresque par la pente escarpée et rocheuse du Schluchtkessel, reliant l’Altenberg à Baerenbach par les Hirschsteine.

La foule des visiteurs en auto, qui s’offre une promenade au sommet est la moins respectueuse du site, à coté des vététistes et des cavaliers. Au non respect des sentiers s’ajoutent la pollution par des déchets laissé sur place. Le tapis végétal a été tellement détérioré, d’une part par l’érosion, d’autre part par l’indiscipline des hommes, qu’il était urgent de réhabiliter le site du Hohneck particulièrement érodé. D’importants travaux ont permis de stopper le processus de dégradation, et de « revégétaliser » les zones dénudées et ravinées. Un nouveau sentier a été tracé sur 484m, fractionné en 18 tronçons répertoriés par des piquets, avec un profil de pente de 3-4 %. Deux points de vue ont été installés. Un drainage efficace des eaux a été mis en place. Le fameux sentier des Névés plus que centenaire a également été réhabilité de telle sorte que l’aspect paysager du site Sommet du Hohneck-Col du Wormspel a changé. Une réhabilitation Sommet-Schaeferthal est aussi en vue.

Le Hohneck durant les guerres



La guerre de 1870 / 1871

En 1870, après les défaites de l’armée française dans le Nord de l’Alsace, les Hautes-Vosges furent parcourues par de compagnies de gardes mobiles qui creusèrent des tranchées de défense au sommet du Hohneck. Le tunnel de la Schlucht n’ayant pas été détruit, les Prussiens franchirent sans difficultés le col de la Schlucht le 23 octobre 1870.

Par le traité de paix du 10 mai 1871 le Hohneck fut coupé en deux par la frontière d’états courant sur la crête des Vosges, matérialisée par des bornes de granit numérotées. Une large bande de 4m fut créée en 1890 par déboisement pour mieux délimiter la frontière.

Mais les liens qui unissaient les populations des deux versants ne furent pas rompus et les marcaires alsaciens continuèrent comme par le passé à exploiter les hautes pâtures situées sur le territoire français.

La guerre de 1914 / 1918

Le Hohneck a été un point stratégique du front français durant la première guerre mondiale de 1914/1918. De par sa situation, il permettait de surveiller les mouvements de troupes de l’adversaire.

A la déclaration de guerre du 3 août 1914, le secteur du col de la Schlucht et du Hohneck était occupé par des éléments de la 81e brigade d’infanterie, dont le 15-2 et les 5e et 15e bataillons de chasseurs à pieds, renforcés par des troupes alpines qui lancèrent deux colonnes vers Munster, l’une par la route de la Schlucht, l’autre par le Hohneck et le Gaschney. Les espoirs prématurés qu’avait fait naître l’avance française en Alsace durant les premières semaines de guerre furent brutalement anéantis par la défaite de Morhange le 20 août 1914 et par le repli des troupes françaises vers le Nord. L’armée d’Alsace se retira progressivement vers la ligne de crête et se contenta avec l’occupation des vallées de la Thur et de la Doller et de quelques villages au fond de la vallée de la Fecht. Après l’abandon de Munster, les Français s’accrochèrent sur les hauteurs de la vallée de la Fecht.

Les Allemands n’entreprirent qu’une seule fois, le 12 février 1915, une grande offensive en direction du Hohneck pour arriver sur la ligne des crêtes occupée par la 47e division française, du Rainkopf au col de Bonhomme. Du Rainkopf au Grand-Ballon-Hartmannswillerkopf, la crête était défendue par la 66e division. Le Landsturm Wurtembergeois appuyé par des troupes bavaroises passèrent à l’attaque sur une ligne allant du Hohrodberg au Hilsenfirst. Dans la grande vallée de la Fecht, ils poussèrent une pointe vers le Rainkopf, point névralgique du front français. L’offensive allemande fut repoussée au prix de lourdes pertes. En mars, les Allemands progressèrent dans la vallée de la Wormsa vers le Hohneck et occupèrent la pente Est du Rainkopf. Ils installèrent un poste de surveillance au Schiessroth.

Les Français ont lancé une opération de grande envergure ayant pour but la conquête du Petit-Ballon. Ils avaient amené à cet effet des renforts importants, mais durent faire face à de sérieuses difficultés causée par l’éloignement de leurs bases, l’altitude et l’absence de routes. Des convois muletiers ravitaillaient le front en matériel, munitions et vivres.. La ligne de tramway Gérardmer-Hohneck fut rouverte au trafic et permit de hisser au Hohneck des canons courts de 155 et de 220. Une route fut ouverte depuis la Schlucht vers le Tanet et doublée d’une voie ferrée étroite pour le ravitaillement, et bientôt le Tanet abrita toute l’artillerie lourde du secteur du Hohneck. Un observatoire d’artillerie accessible par un boyau couvert fut également installé dans les rochers du Petit-Hohneck. Le poste de commandement des observations d’artillerie se trouvait au Grand Hohneck.

Des unités de la Landwehr bavaroise tentèrent une dernière fois de percer le front du Hohneck le 1er mars 1915. Ils s’avancèrent jusqu’au Sattel et s’emparèrent du Reichsackerkopf au dessus de Stosswihr. La contre-attaque française échoua. La grande offensive française fut déclenchée le 17 avril 1915. Le 3e bataillon de chasseurs territoriaux s’empara de la ferme du Kastelberg et de l’auberge du Schiessrothried. Les allemands durent abandonner Mittlach qui fut approvisionné à partir de ce moment par les Français par dessus la crête des Vosges.

En préparation d’une deuxième offensive française, la 66e division qui avait établi son PC au Schnepfenried, fit aménager une nouvelle route d’accès au front en raccordant des chemins forestiers entre Kruth et Mittlach par le col du Herenberg et le Breitfirst. Ainsi l’artillerie lourde de 220 en batterie dans le secteur du Hohneck a pu être amenée par Gérardmer au front de Mittlach. Alors commença également la construction de la Route des Crêtes. Les hauteurs dominant les deux rives de la Grande Fecht furent attaquées par les Français du 15 au 22 juin 1915, Metzeral fut conquis le 21 juin 1915.

En vue du ravitaillement des troupes françaises occupant le fond des 2 vallées de la Fecht, un câble aérien fut installé entre Retournemer et Mittlach. Le matériel et les munitions ont été transportés depuis Gérardmer par le tramway à vapeur à Retournemer devant la gare du téléphérique. Les bennes qui montaient au Hohneck traversaient les sommets dans un tunnel taillé dans le roc où était installée une station électrique. La sortie du tunnel était munie d’une porte blindée camouflée qu’on ouvrait la nuit pour laisser passer les bennes. Elles descendaient ensuite la pente opposée pour atteindre 340m plus bas les bords du lac de Schiessrothried. De là partait le câble qui par le vallon de la Wormsa allait aboutir un peu avant Mittlach.

Le village de Mittlach était aussi relié en 1916 au Holzplatz de Kruth par un téléphérique passant par le Hahnenbrunnen et le Pfuhlwasen.

Une nouvelle route fut aménagée depuis le col du Bramont jusqu’à la Route des Crêtes par les troupes américaines, dont une division vint occuper le secteur en renfort le 15 octobre 1918. Pour ce qui est de la route de la Schlucht, elle fut souvent bombardée. Le 8 mai 1915, 30 obus de 420 tirés par une grosse pièce circulant sur la voie ferrée Colmar-Munster, détruisirent le mur de soutènement à la sortie aval du tunnel.

Le Hohneck continua à servir de sommet fortifié et d’observatoire à l’artillerie française jusqu’à la fin de la guerre. L’hôtel au sommet, inauguré le 14 juillet 1914, touché par 10 obus de gros calibre, tomba en ruines.

La guerre de 1939 / 1945

La 7e armée allemande attaqua sur le Rhin dans la nuit du 14 au 15 juin 1940 et occupa Colmar le 18 juin 1940. La 104e division d’infanterie de forteresse décrocha vers les Vosges en livrant des combats de retardement. Les troupes françaises se retirèrent sur le col de la Schlucht et le Hohneck. La 239.ID allemande entra dans la vallée de la Thur le 18 juin 1940. Avec l’entrée des blindés de Guderian à Belfort le 19 juin, l’encerclement des troupes françaises était scellé. La bataille qui se déroula dans les Hautes-Vosges fut celle de l’agonie des armées françaises de l’Est. Le col de la Schlucht fut atteint par les Allemands le 20 juin. Le soir, nos troupes évacuèrent le Hohneck défendu par une batterie de 75 et se replièrent sur le Rainkopf. Après avoir résisté pendant 10 heures à 4 charges, elles dévalèrent sur La Bresse où le Général Laure signa l’acte de reddition le 22 juin. Ce qui resta de la 7e armée française fut fait prisonnier. Le commandant français ordonna le cessez-le-feu le 25 juin 1940.

Les Allemands procédèrent d’office à l’annexion de l’Alsace et rétablirent l’ancienne frontière d’avant 1919. Les communications furent interrompues entre les 2 versants vosgiens que séparait une zone interdite à la population. Des unités spéciales (Grentzschutzpolizei) assistées de SS et de membres de la Gestapo occupèrent les chalets du massif avec leurs chiens dressés dans un chenil installé au refuge du Gaerstlesrain. Le massif constituait un lieu de passage clandestin de prisonniers évadés et de réfractaires.

Des maquis se formèrent dans les Hautes Vosges en 1944. La bataille des Vosges fut engagée le 25 septembre 1944 par la Brigade Alsace-Lorraine de André Malraux aux cotés des tabors marocains.

Le 30 novembre 1944 le 269.IR allemand se retira à travers une épaisse couche de neige sur les hauteurs dominant la vallée de la Thur avec son front vers l’Ouest, du Falimont au Hohneck, Kastelberg, Rothenbachkopf, Herrenberg, forêt de Kruth, Griebkopf, Gomm, forêt d’Oderen, Altenbach-Neuhouse. L’hiver était le plus froid depuis 35 ans.

Le 3 décembre 1944, le régiment de FFI « Franche Comté » passait à l’assaut du Hohneck occupé par une vingtaine de soldats allemands. « L’escadron Jura » attaqua en pleine tempête de neige l’Hôtel du Belvédère occupé par deux observateurs et un poste de garde et disposant d’un canon d’infanterie. Les deux petites constructions situées non loin de l’hôtel qui avaient été transformées en Bunkers étaient occupées par des grenadiers allemands en avant-postes. Ils furent capturés avec les observateurs pendant qu’à l’hôtel, vingt soldats allemands jouaient aux cartes. Une cinquantaine de FFI entourèrent et mitraillèrent l’hôtel. Les Allemands réussirent à s’échapper dans le brouillard et la tempête de neige. Le commandant de la 269.ID tenta 4 heures plus tard de reconquérir le sommet en partant du Kastelberg. Ils furent refoulés. Le 11 décembre 1944, une troupe commandée par le Hauptmann Köck passa à l’attaque du sommet. A l’intérieur de l’hôtel, le 1ère cp. du Capitaine Lartigau s’est bien défendue, obligeant les Allemands à se retirer. Ces derniers campèrent en plein air, enterrés dans la neige, tandis que les Français restèrent sans nourriture, sans eau et sans munitions. Les Allemands proposèrent la capitulation le12 décembre, laquelle fut rejetée. Après un bombardement intense, les défenseurs du Hohneck rejetèrent de nouveaux assauts. Le 14 décembre, avant le lever du jour, des pionniers allemands firent exploser les murs de la ruine. Le Capitaine Lartigau se rendit avec ses soldats aux Allemands qui firent 120 prisonniers dont 23 blessés. 40 étaient morts au combat. Les Allemands n’auraient eu que 4 morts et 30 blessés. Le Hauptmann Köck obtint pour ce fait d’armes la croix de chevalier (Ritterkreutz). Un petit monument rappelle la défense héroïque des Français au sommet du Hohneck.

Le 2 février 1945 le général allemand Rasp ordonna le retrait du front de montagne vers Colmar des 500 hommes du 75e Régiment de Grenadiers. La ville de Colmar fut libérée le 2 février 1945, alors que la 10e division d’infanterie du général Billotte qui avait conquis le Hohneck et la Schlucht s’apprêtait à descendre sur Munster.

Les débris de l’armée allemande s’échappèrent par le col du Firstplan et le pont de Chalampé au-delà du Rhin.


Monument en mémoire des tirailleurs tunisiens au Hohneck




Plan du parcours