Thann - Circuit du Rangen

Caractéristiques :

Beau parcours facile
Distance : environ 12 Km
Temps de marche : environ 2h50'
Dénivelé : 175 mètres
Bonnes chaussures conseillées




Ce mémoire vous aidera à mieux situer et apprécier la ville de THANN et environs immédiats, que j'ai intitulé " THANN, la belle". En même temps, il vous servira de guide tout au long du parcours facile qui vous enchantera.

1996 - Léon NATTER



Descriptif de l'itinéraire :



Départ à la place du Bungert en face de la Tour des Sorcières (Hexenturm), qui est aussi le point de départ de la Route du Vin.

Pour y accéder par la RN66, prendre Centre Ville après la gare. 50 m après le passage à niveau, au carrefour Hôtel de France/Hôtel de la Cigogne, virer à droite dans la rue du 7 Août. 100 m plus loin nous serons devant la Place du Bungert où nous parquons la voiture en face de la Tour des Sorcières.

Nous traversons le pont de la Thur et prenons droit devant nous la rue du Rangen puis la rue du Kattenbachy qui monte dans le vallon vers le Sackührle.Un petit sentier raide de raccourci part à droite au N° 16 pour rejoindre le Chemin Montaigne.Un petit quart d'heure de marche se sera écoulé. Tout en prenant notre souffle, nous admirons les curieuses ruines en face du château de l'Engelbourg. Nous restons maintenant sur ce magnifique Chemin Montaigne qui s'étire presque à l'horizontale sur plus d'un kilomètre à travers le vignoble du Rangen. Nous ne cesserons de jeter un coup d'oeil émerveillé sur la ville à nos pieds, la plaine et la chaîne de montagne qui s'étire jusqu'au Thanner-Hubel au massif du Rossberg.

Plusieurs bancs nous invitent à un petit repos. Il est cependant trop tôt de nous arrêter. Nous dépassons la chapelle St. Urbain, patron des viticulteurs et atteignons après 25' le Drachenfels, piton remarquable nettement détaché du Rangenkopf, sur lequel avait été érigé l'ancien château de Thann. Les vestiges de fortifications ont pratiquement disparus. Nous montons maintenant en 5' au carrefour Waldeck pour atteindre (marquage rouge-blanc-rouge) après encore 5' un sentier qui nous mène d'abord en 10' au Heidenbankle et tout de suite après en 3' au Heidenplatzle (altitude 448 m) où sont installés une table et deux bancs. Nous jetterons un regard pieux sur la statuette de la Vierge accrochée à un arbre.

Une petite halte n'est pas à dédaigner. Et la marche continue sur un très beau chemin forestier en montée un peu prononcée à travers une forêt clairsemée avec vue sur Cernay et Mulhouse.

Waldkapelle, altit. 576 m.

Le vallon contourné, nous aboutissons après 30' à la Chappelle des Bois (Waldkapelle), altitude 576 m. La première chapelle en bois a été fondée par Antoine Muller en 1891. Elle fut détruite à deux reprises lors des deux dernières guerres mondiales et reconstruite en 1949. Le col de la Waldkapelle a été aménagé en un aire de repos très apprécié avec tables et bancs. Des messes en plein air sont célébrées en certaines occasions dans ce havre de paix.

Le plus dur de notre parcours aura été fait. Nous entamons le retour par un beau sentier menant à la croix du Rangen. D'abord plat pendant 15' , il s'infléchit légèrement pour pour atteindre après 7' un chemin forestier avec vue sur le Thanner Hubel, le vallon du Kattenbachy et le Sackührle. Nous ferons un écart de 50 m vers la place de retournement qui est en même temps un joli point de vue. Encore 7' jusqu'à la croîx du Rangen (alt. 505 m), érigée en 1909. Un dernier petit arrêt pour admirer le magnifique panorama et nous prenons le sentier de descente. En 20' nous serons au fond du Kattenbachy et 15' plus tard au point de départ.

Observations sur le caveau de la Tour des Sorcières :

Le caveau peut être visité gratuitement pendant la période d'ouverture. Il comporte un petit musée et surtout une documentation en tableaux graphiques sur le vignoble du Rangen et la Route des Vins.

Thann, la belle





La ville est bien connue dans le monde touristique et industriel. Elle doit en partie sa renommée aux grands crus célèbres du RANGEN et à la splendeur gothique de la collégiale ST.THIEBAUT.

Situation :

La ville occupe l’entrée de la vallée de la THUR. Elle s’étire entre les roches volcaniques porphyriques particulièrement dures du Staufen, d’où émerge à 514m la Croix de Lorraine, monument de la Résistance Alsacienne, et à 445m le piton du Schlossberg avec les ruines du château de l’Engelbourg, ce qui explique le resserrement en goulot de l’entrée de la vallée. Le puissant torrent de la Thur qui traverse la ville prend sa source entre le Rothenbachkopf et le Rainkopf. Cette rivière, qui alimente au passage le Lac de Kruth-Wildenstein, a percé le roc entre les deux rudes pentes de la montagne à l’entrée de la vallée et a déposé ses alluvions dans la plaine largement ouverte pour y constituer le vaste Ochsenfeld, théâtre de l’affrontement entre les Romains de César et les Germains d’Arioviste en l’an 58 av. J.Ch.

Origine :

La naissance de la cité reste mystérieuse. Les légendes nous content que l’évêque Ubaldo dit Thiébaut de Gubbio en Vénétie avait promis à son camérier sa bague épiscopale pour le récompenser de ses fidèles services. A la mort de son maître le 16.05.1160 le serviteur, en voulant prendre son bien, tira tant et si bien sur l’anneau que le doigt avec sa bague lui resta dans ses mains. Il l’enchâssa dans le bourdon de son bâton de pèlerin et se mis en route pour les Pays Bas, sa terre natale. Il fit halte à l’entrée de la vallée de la Thur le 01.07.1161 dans une forêt de sapin, adossa son bâton contre un tronc et s’endormit. Le lendemain, voulant repartir, il lui fut impossible de reprendre le bâton qui resta fiché au sol. Tirant de toutes ses forces, trois étoiles brillantes jaillirent à la pointe des sapins, le Comte Engelhard de Ferrette, maître de ces terres, vit le spectacle merveilleux et promit d’élever une chapelle à l’endroit où le Saint avait manifesté sa volonté de voir demeurer la relique. Il est vrai qu’à cette époque n'existaient pas encore le château, ni la ville, ni Vieux-Thann plus ancien que Thann. Vieux-Thann n’est cité pour la première fois qu’en 1287. Et depuis ces temps immémoriaux il est procédé chaque 30 juin à la crémation des sapins commémorant le miracle des trois lumières. Le sanctuaire de St. Thiébaut est cité pour la première fois en1287 alors qu’il était une filiale de l’église de Vieux-Thann.

La Collégiale :

Les hommes construisirent la magnifique collégiale à l’emplacement même du miracle. Les travaux débutèrent en 1332 et s’étendirent sur deux siècles pour s’achever en 1631. La tour, avec une flèche en dentelles de 20m, s’élance à 5m. Le portail principal comportant 150 scènes et 500 personnages est un chef-d’oeuvre de beauté. Le culte de St. Thiébaut se rencontre dans tout l’Empire et jusqu’en Angleterre, en Livonie et au Danemark. Grâce aux pèlerins qui venaient de très loin, même de Hambourg et de Lubeck, Thann devint une ville prospère.

Le château de l’Engelbourg :

Le château de l’Engelbourg (Engelsburg) fut un des plus puissants châteaux d’Alsace avec une superficie d’un hectare. Son origine remonte aux Comtes de Ferrette eux-mêmes et non aux Comtes d’Eguisheim, comme on l’a longtemps cru. Ils fondèrent d’abord un premier château à la fin du XIIe siècle qui a été agrandi vers 1224 par l’adjonction d’un nouveau château par Frédéric II (1197-1232) assassiné en 1234 par son fils Louis dit le Féroce. Le Château était destiné, d’une part, à défendre le territoire des Comtes de Ferrette face aux puissants abbés de Murbach auxquels appartenait la vallée et de bloquer d’éventuelles incursions depuis le Duché de Lorraine, et d’autre part, à protéger le fructueux péage établi sur la route du grand commerce entre l’Italie du Nord et les Flandres, établi grâce aux percées alpines, notamment celle du Gothard. Par la suite, le château devint le centre de la Seigneurie de Thann et un lieu de résidence pour les Comtes de Ferrette. Le Comte Thiébaut, fils d’Ulrich II, peut être considéré comme le plus Thannois des Comtes de Ferrette qui fit de l’Engelbourg sa résidence ordinaire après avoir abandonné Altkirch et Ferrette. Par le mariage de Jeanne de Ferrette, fille du dernier Comte de Ferrette dit le Boiteux, avec le Duc Albert I d’Autriche, dit le Sage, Le 15.03.1324, Thann devint ville autrichienne pendant plus de 300 ans. Le Comté de Ferrette a été cédé au Roi de France en 1648 par le traité de Westphalie. Louis XIV a donné ordre en février 1673 à l’Intendant Mathias Poncet de la Rivière de faire sauter le château de l’Engelbourg. Les mineurs de Giromagny s’y prirent à plusieurs reprises. Le 30.09.1673, au 3ème coup de mine la tour se mit à pencher lentement et se rompit en plusieurs morceaux. Un tronçon du donjon s’est effondré sur la salle de garde et s’y est encastré, donnant l’oeil de la Sorcière si caractéristique du paysage Thannois. La ville avec son château appartiendra au Cardinal de Mazarin, ministre de Louis XIV, qui lui en fit don en 1659. La ville a incorporé le château dans son patrimoine lors de la Révolution.


Le vignoble du Rangen :

Le vignoble du Rangen est
déjà vanté au XVIe siècle entre autres par
le philosophe Michel de Montaigne.
Empruntant l’antique chemin des pèlerins,
il écrit dans son journal de voyage en 1580
qu’il a vu des coteaux pleins de vignes,
les plus belles, les mieux cultivées et en telle
étendue que les Gascons, qui étaient là,
disaient n’en avoir jamais vu tant de suite.

En ces temps là, la vigne escaladait aussi les pentes de l’Engelbourg, du Rosenbourg, les flancs du Staufen et s’étendirent jusqu’à Vieux-Thann. A la cour de l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche on ne buvait que du vin du Rangen, imité par la noblesse et la haute bourgeoisie d’Autriche. Lorsqu’il y avait surabondance de vin, les Thannois gâchèrent le mortier pour la Collégiale en 1431 et 1530. Le fait le plus exceptionnel était l’année 1682 où l’on put vendanger deux fois pour la simple raison qu’en 1681 ils avaient aux pieds des vignes les grappes qui n’étaient pas mûres. L’hiver ayant été très propice, ils purent terminer les vendanges en janvier 1682. Le sol réputé du Rangen est un terrain très particulier et absolument unique en Alsace. D’âge carbonifère, il est constitué par des roches volcaniques et des sédiments gréseux. Les pierres qui le jonche proviennent de roches dures qui sont des Grauwackes, des tufs volcaniques et d’une roche de couleur brune. Cette couche entre 40 et 60 cm. d’épaisseur au dessus de la robe-mère fissurée permet la pénétration de racines à une profondeur plus importante. L’exposition au sud accroit le temps d’éclairement direct et place la vigne sur la pente très raide qui oscille entre 65 et 72% dans une situation privilégiée. La Thur coulant aux pieds du vignoble peut expliquer la rareté des gelées printanières dans la partie basse, d’une part par la chaleur spécifique de son plan d’eau et d’autre part par l’émission d’une vapeur formant écrin et s’opposant au rayonnement. La splendeur et la force de ce vin sublime est chantée par de nombreux auteurs, dont Barth, à l’origine de tant de belles strophes sur l’appellation du Rangen. La littérature, les odes, les chansons et les poésies au sujet du vin du Rangen foisonnent. Je cite : Fischat, Mubster, Sébastien Brant. Qui ne connaît le dicton: Z’Thann am Rangen, z’Gawiller in d’r vanne, z’Tericka im brand, wachst der besta wi im land! Les Thannois sont fiers de ce dicton, mais ils ont oublié d’ajouter les deux vers de conclusion : Awer nawa’n Riquewihrer Spore han alle ihre Macht verlore. Le vignoble Thannois a été récemment redécouvert par Léonard Humbrecht, viticulteur à Wintzenheim et Turckheim. Fin connaisseur, il a flairé un terroir absolument unique en Alsace. Aujourd’hui, les Grands Crus du Rangen, Riesling, Gewürztraminer et Tockay-Pinot Gris, les Blancs les plus chers, sont exportés dans le monde entier. La ville a, de tout temps, porté une dévotion particulière à St. Urbain, patron des vignerons. Ces derniers lui érigèrent à la fin du XVe siècle une chapelle au coeur du vignoble du Rangen. Elle fut restaurée en 1774, détruite pendant la Révolution et reconstruite en 1934 sur le chemin de Montaigne.

Le chemin Montaigne au Rangen :

Lors du retour de l’Alsace à la France en 1918, la pente très prononcée des coteaux du Rangen empêchait une exploitation rationnelle du vignoble. L’on parlait dès 1882 de créer un chemin d’exploitation plus facile. L’administration allemande n’ayant jamais voulu accorder de subvention, le projet fut enterré. C’est Me Louis BOCKEL, notaire et Conseiller Général, qui l’exhuma devant le Conseil Municipal le 04.09.1931. L’idée était de bénéficier pour ce dossier extrêmement couteux de dommage de guerre. Mr. Joseph HORBER, Ingénieur du Génie Rural, présenta un projet de chemin de 3m de large pour une longueur de 835m avec une pente de 2 à 3% et des places d’évitement permettant aux charrettes de se croiser et de se retourner. Des murs en maçonnerie et en granit étaient nécessaires pour soutenir l’ouvrage. Le coût était estimé à 350 000 F auxquels s’ajoutaient celui de l’aménagement de la voie d’accès depuis le vallon du Kattenbachy avec 100 000 F. Il est intéressant de relever que l’Etat et le Département accordèrent leurs subventions à la condition expresse que l’entrepreneur dût employer 80% des chômeurs locaux pour effectuer les travaux. Le nouveau chemin s’appelait Nejwag et fut inauguré le 14.07.1933. Sur proposition des anciens élèves du collège Scheurer-Kestner, le Nejwag fut baptisé "Chemin Montaigne" en souvenir du philosophe français qui avait vanté le fameux vignoble. Le mur de soutènement du chemin vient d’être prolongé.


Plan du parcours